
LACCESSOIRE QUI TUE ! |
La Cour des Comptes dans le maquis
Chacun a pu lire dans la presse le résultat des investigations de la Cour des Comptes qui épinglait le régime de primes de certains fonctionnaires, les Finances y figurant en bonne place. Y sont pointés du doigt pêle-mêle, le montant élevé de certaines primes, leur caractère non légal, les faveurs fiscales immorales dont bénéficient les héritiers des fermiers généraux, le foisonnement des particularismes, les disparités considérables entre ministères. Bref, ça ressemble au départ à une opération de propreté publique dans ce qui sapparente effectivement à un maquis obscur. Effet pervers : ça ne peut que renforcer les tenants du moins dEtat, moins de fonctionnaires, moins de dépenses publiques Le refrain est à la mode. Sauf que, sans vouloir défendre un système opaque, on peut quand même faire remarquer que sur la question des rémunérations obscures, les grands patrons du privé sont sans conteste champions toutes catégories. Dans le chaos libéral mondial, la fin justifie les moyens même immoraux.
Le syndrome de Mary Poppins
Supercalifragilisticespialidocius Prise les doigts dans la confiture, la Fonction Publique avait senti le vent venir et commencé un peu de rangement en préconisant la budgétisation des dites primes et en obligeant à les asseoir sur des textes officiels ce qui est loin dêtre le cas actuellement pour un grand nombre dentre elles. Un peu dordre donc pour éviter les dérives incontrôlables mais juste un claquement de doigts pour faire bon genre en surface. Car le grand coup de balai magique dans les rémunérations accessoires, la remise à plat dont on attend ça et là parler périodiquement, paraît du style à mettre le feu à la poudrière et nous doutons fort que le MEFI par exemple veuille jouer à lapprenti sorcier. En effet, couvertes par la loi du secret, les disparités sont partout : dun Ministère à lautre, à lintérieur des Ministères, des services, dune catégories à lautre Les primes introduisent des inégalités occultes entre membres de la Fonction Publique pourtant régis par un statut unique avec des recrutements unifiés et cadrés. Or les perspectives financières dun adjoint, dun SA ou dun attaché peuvent être considérablement différentes selon son Ministère daccueil. Mieux vaut le savoir avant de passer un concours ou de demander un détachement. Sur le berceau des Ministères, certaines fées marraines sont plus généreuses que dautres, ou ont tout simplement plus de moyens.
Un vieux cheval de bataille syndicale
Depuis des temps immémoriaux, les primes font à juste titre, lobjet de revendications syndicales. Il faut savoir que leur raison dêtre est fondamentalement de pallier le manque de perspective de carrières et de promotions et labsence de reconnaissance des qualifications acquises au fil des ans par les agents. Dautre part leur non intégration dans le salaire est un sujet de discorde : le salarié est imposé mais se voit retiré le bénéfice de ces sommes pour sa retraite. Or la part prise par les primes dans la rémunération globale est parfois très importante (parfois 40% du montant total) ce qui pose un réel problème au moment de la liquidation de la pension. Lintégration dans les salaires est donc revendiquée inlassablement par la plupart des syndicats. A cet égard, lexemple de lIMT, obtenue aux Finances à la suite des grandes grèves de 89 très suivies aux Impôts, fait figure de précédant, malgré la modicité de la somme. Les récentes annonces gouvernementales dintégration possible dune partie des primes pour faire passer la pilule des 40 ans de cotisations pour une retraite à taux plein, doivent être prises avec la plus grande prudence : la disparité du montant des primes dun Ministère à lautre est telle quil nous semble hautement probable que lintégration en question ne porte que sur une partie très faible du montant des primes afin de ne pas officialiser de disparités explosives au sein de la Fonction Publique.
Le MEFI : terre de contrastes
Pendant que nos suzerains se faisaient siffler dans larène, le moulin continuait à tourner comme il le fait depuis laube de lhumanité financière. Ce qui signifie entre autres quune partie non négligeable de la piétaille se doit toujours de subir sans broncher des procédures obsolètes et tracassières pour toucher de quoi mettre du beurre sur ses biscottes. Exemple qui fâche : les heures supplémentaires ! Les personnels de catégorie C et ceux de catégorie B jusquau 7ème échelon sont soumis au régime des heures supplémentaires dont la gestion et la philosophie valent leur pesant dor à défaut de rapporter le jackpot à leurs bénéficiaires. En Administration Centrale, -ce nest pas le cas partout au MEFI-, on met un point d'honneur à respecter les textes, dont une vieillerie antédiluvienne de 1950, excusez du peu. La procédure est un pur chef duvre sorti tout droit de lunivers ubuesque des Monthy Python. Chaque agent doit remplir avec soin à la main une petite feuille format sécu et noter jour par jour ses heures supplémentaires du mois. Tout cela doit être fait chaque mois sans faute, dûment codifié, signé par lintéressé, certifié exact par lagent chargé de la surveillance (sic !) , au vu de ladministrateur, et envoyé avant le 15 du mois sinon pas de sous ! On imagine aisément le boulot denfer effectué par les gestionnaires de la DPMA, le temps passé Un vrai plaisir !
Et comme un bonheur narrive jamais seul, parlons un peu du fond de laffaire. Le régime des heures supplémentaires repose sur une hypocrisie sans nom : celles-ci sont en même temps considérées comme un complément de salaire et comme une rémunération réellement accessoire voire optionnelle car subordonnée à la présence effective de lagent ! Ainsi, si lenveloppe attribuée aux Directions dépendant de la DPMA est « forfaitairement » de 12 h sur 11 mois par agent à temps complet, le versement est censé être suspendu lors des congés annuels, maternité, maladie, enfant malade Bref on enlève aux plus petits salaires des heures supplémentaires que de toutes façons ils neffectuent pas, même lorsquils sont présents ! Joli coup !
Laffaire se complique singulièrement lorsque lon sait que ces heures sup servent également à rémunérer des agents qui font effectivement des heures sup, ce qui est le cas, semble-t-il, de certaines secrétaires de direction! Et comme lenveloppe globale de 12h sur 11 mois ne change pas, il faut bien trancher dans le vif : pour donner plus à Geneviève, on donne moins à Germaine, cest bien connu. Et revoilà le serpent de mer de la modulation qui réapparaît à raison dun plancher de 7 h par mois. Quand on connaît lattachement viscéral de lex-pôle Industrie à la modulation comme méthode de management, on peut craindre le pire pour les personnels restés sous la coupe des anciens directeurs notamment dans les fiefs des DRIRE . Circonstance aggravante, les agents à temps partiel, souvent des mères de familles, sont doublement frappés : non seulement le quota dheures sup qui leur est attribué est amputé proportionnellement à leur % horaire mais en plus, le taux horaire dont ils « bénéficient » est plus bas que celui des agents à temps plein ! Ces taux sont publiés officiellement au JO et « revalorisés » lors des changements de valeur du point dindice. Qui a dit que le temps partiel était encouragé ?
Plus on est petit, plus on a besoin de justice !
A lattention de ceux qui commencent à apercevoir la mouche dans le lait, on se permettra den remettre une petite louche en faisant remarquer quau MEFI, si nos experts en communication présentent la démodulation comme un avantage sans égal et une raison suffisante pour que les syndicats modèrent leurs revendications salariales, ils omettent de préciser que cette démodulation nest effective que pour les catégories B au dessus du 8ème échelon. Cest une situation profondément injuste et choquante qui fragilise les plus bas salaires de la Fonction Publique en entretenant linsécurité financière, avec en supplément gratuit un relent de culpabilisation visant à sassurer la docilité, la dépendance et la passivité des personnels dits dexécution. Pensez donc ! On les paie pour des heures quils ne méritent même pas ! La pratique qui veut que lon sacharne à pinailler et à faire respecter la lettre dun texte poussiéreux et inique aux plus bas salaires de la Fonction Publique à lheure où lon publie les « accessoires » faramineux et autres menus avantages des TPG par exemple, est proprement indécente. Il nous semble que le MEFI, dont le poids nest pas négligeable dans la Fonction Publique shonorerait en remettant de lordre dans ces injustices-là au lieu de perdre un temps précieux dans une gestion absurde et contre-productive
Aussi le syndicat SUD Centrale MEFI demande que les heures supplémentaires soient forfaitisées afin que les agents concernés ne subissent aucun à-coup, ni aucun mouvement aléatoires dans leur salaire ; que le taux des heures des agents à temps partiel soit aligné sur celui des temps pleins ; que ces heures supplémentaires soient intégrées au maximum dans les salaires à linstar de lIMT et quenfin justice et transparence soient faites pour ceux qui nont vraiment rien à cacher ! Messieurs les Réformateurs, voilà une occasion de réformer et de moderniser !
NOUS AUSSI EN CENTRALE, NOUS VOULONS
UNE REFORME DIFFERENTE
ET PAS SUR LE DOS DES PERSONNELS !